Les œuvres d’art de Paris à voir avant de mourir

‘La Vierge, l’Enfant Jésus et Sainte Anne’ – Leonardo da Vinci (c. 1503)

Alors que la dame souriante continue d’attirer les foules de touristes munis de Nikon, les autres objets exposés au Louvre sont perdus – peut-être pas autant que les autres peintures de Léonard. C’est le cas de cette scène inachevée représentant l’enfant Jésus, Marie et sa mère Anne. La composition est typiquement ambitieuse, l’étreinte de Marie sur son enfant étant mise en parallèle avec le geste de celui-ci vers l’agneau – symbole du sacrifice qui l’entraînera dans l’abîme symbolique, représenté au premier plan. Il n’est pas étonnant que le vieux Léo ait passé les 20 dernières années de sa vie à essayer de le peaufiner. Le tableau a fait l’objet d’une restauration controversée en 2012, dont (selon les experts) le visage d’Anne est ressorti un peu plus grossier qu’il ne l’était. Dites ce que vous voulez ; pour ses 500 ans, elle nous semble admirablement bien conservée.

 

‘SE 71, l’Arbre, Grande Éponge Bleue’ – Yves Klein (1962)

Yves Klein était tellement adepte des couleurs monochromes qu’il avait même sa propre marque de bleu, le fameux bleu profond et électrique « IKB » (« International Klein Blue ») dont il a déposé la formule chimique à l’Institut national de la propriété industrielle en 1960. Dès les années 1950, son atelier est rempli d’énormes toiles monochromes – monoblue, monochrome, monopink et monogold. C’est alors que Klein remarque la beauté de son outil de peinture – une éponge imbibée de peinture bleue, infusée du pigment comme Klein voulait faire boire le monde dans son IKB. Il décide immédiatement de se concentrer sur une série de « reliefs en éponge » et de « sculptures en éponge ». Avec leurs courbes, leurs textures et leurs plis, ces œuvres semblent tout à fait organiques, rappelant les légumes, la roche ou le corail. La plus monumentale de ces sculptures est « L’Arbre » au Centre Pompidou, l’une des dernières œuvres que Klein a achevées avant de mourir d’une maladie cardiaque à l’âge de 34 ans.

 

‘Le Scribe Accroupi’ (2600-2350BC)

L’identité du scribe accroupi reste un mystère – bien que depuis sa découverte en 1850, il soit l’une des œuvres les plus populaires du Louvre. On peut supposer qu’il s’agissait d’un administrateur subalterne, destiné à compter les moutons des propriétaires terriens dans son Égypte ancienne natale, ou à griffonner des poèmes à la demande. Avec ses couleurs vives et son réalisme détaillé (l’artiste a même pris la peine de dessiner les mamelons à l’aide de deux chevilles en bois, et de modeler un renflement sous le pagne), cette sculpture en calcaire remarquablement bien conservée reste l’un des vestiges artistiques les plus extraordinaires de l’Égypte ancienne.

 

‘Arlequin’ – Pablo Picasso (1923)

Lorsqu’il peint cet arlequin en 1923, Picasso est déjà une superstar du monde de l’art. Depuis l’armistice de 1918, ses œuvres font le tour de la capitale dans les expositions les plus médiatisées de l’époque. À une époque où le classicisme fait son retour dans le Paris de l’après-guerre, il joue peut-être plus que jamais avec les divisions entre l’académie et l’avant-garde. Il a peint le sujet de l’arlequin à plusieurs reprises – cet exemple (un portrait de son ami peintre Joaquín Salvado) est à moitié dessiné directement sur la toile, à moitié peint avec une exécution extraordinairement fine. Condensant différents styles, presque comme un collage, il célèbre l’artifice de la représentation artistique et nous montre, derrière ses airs classiques, un tempérament furieusement moderne.

 

‘L’Église d’Auvers-sur-Oise’ – Vincent van Gogh (1890)

Lorsqu’il s’installe à Auvers-sur-Oise en mai 1890, van Gogh vient à peine de quitter l’hôpital psychiatrique de Saint-Rémy-de-Provence. C’est le début d’une période créative très productive – sa dernière – qui aboutit à la réalisation d’environ 70 toiles en deux mois, avant sa mort en juillet. Cette vue agitée de l’église d’Auvers suggère déjà une atmosphère d’expressionnisme, dont van Gogh était un précurseur. Les formes exagérées, les couleurs profondes et la peinture épaisse donnent à la composition un aspect gothique (en réalité, l’architecture est plutôt plus subtile et arrondie). Le bâtiment domine la perspective, aplatissant la composition, et les caractéristiques du ciel et du sol accentuent l’impression de convulsion. C’est une représentation angoissée de l’église où Van Gogh sera enterré, quelques semaines seulement après avoir terminé cette toile.

 

‘Nu dans le Bain’ – Pierre Bonnard (1936)

Ce que Pierre Bonnard (1867-1947) a fait de mieux, c’est peut-être de remplir les scènes quotidiennes de lumière et de couleur, notamment avec sa série de tableaux représentant sa femme Marthe dans son bain. Une variation particulièrement fascinante sur ce thème, ‘Nu dans le bain’ au Musée d’Art Moderne, offre une vision légèrement hallucinatoire de Madame flottant langoureusement dans l’eau. Les formes floues, le mélange des couleurs et les jeux de lumière sur l’eau, le parquet et la peau mouillée de Marthe créent une étrange confusion entre les mondes extérieur et intérieur de la salle de bain.

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