Les œuvres d’art de Paris à voir avant de mourir

Si votre idée de l’amusement ne consiste pas à faire la queue pendant des heures pour être introduit dans un enclos à bétail à quelques mètres d’une boîte en verre contenant une petite femme, bonne nouvelle : Paris regorge d’autres chefs-d’œuvre que tout visiteur de la ville devrait voir. Il y a tellement d’excellentes expositions temporaires à tout moment qu’il est facile de se précipiter devant les vastes collections permanentes du Louvre, d’Orsay et de Pompidou sans y prêter attention. C’est pourquoi nous avons pensé rendre hommage aux œuvres d’art objectivement brillantes (mais parfois sous-estimées) que vous pouvez voir dans les musées et galeries de Paris tout au long de l’année. Voici les 25 meilleures.

 

‘Héraklès Archer’ – Antoine Bourdelle (1906-1909)

À son achèvement en 1909, cette représentation monumentale du sixième travail d’Hercule a consterné une moitié du public et fasciné l’autre. L’ampleur de l’œuvre y est pour quelque chose, mais c’est surtout le modernisme saisissant de la statue, avec son anatomie déformée et ses lignes idéalisées, qui a séduit. Vingt-six ans après son arrivée à Paris, Antoine Bourdelle avait annoncé son émancipation du style lyrique de son maître Rodin. Héraklès » scelle sa renommée et l’engage dans une carrière qui le verra devenir le maître et le mentor de la première génération du XXe siècle : Giacometti, Brancusi, Maillol et leurs contemporains. Elle reste son œuvre la plus représentative, et un point de bascule dans le passage de la sculpture du XIXe siècle au modernisme.

 

‘Unité d’Habitation’ – Le Corbusier (1945-1952)

Le soleil, la végétation et l’espace sont les trois matières premières de l’urbanisme ». C’est ce que déclarait Le Corbusier dans son manifeste de 1941 pour l’architecture urbaniste moderne. En peu de temps, ses théories sur la vie harmonieuse ont été reprises par les urbanistes qui tentaient de gérer le boom démographique de l’après-guerre. Ses principes utopiques ont été intégrés de manière très célèbre dans le bâtiment de la Cité Radieuse, érigé à Marseille entre 1947 et 1952. Ce « village vertical » autoproclamé réunissait sous un même toit une salle de sport, une piscine, une école primaire, un auditorium, un centre commercial et des appartements résidentiels. Le bâtiment existe toujours, mais si la perspective d’un pèlerinage architectural dans le sud de la France ne vous séduit pas, allez voir cette réplique d’un des appartements de la Cité de l’Architecture.

 

‘Jeune Fille au Bal’ – Berthe Morisot (1875)

Dans les années 1870, la haute société parisienne essaie de comprendre ce qu’elle pense des Jeunes Turcs de la scène artistique, les impressionnistes. L’establishment n’était pas convaincu. Cinq ou six cinglés, dont une femme ; une bande de misérables frappés par la folie de l’ambition », c’est ainsi que le journaliste Albert Wolff les décrivait de façon lapidaire. La femme en question était Berthe Morisot, à bien des égards l’égale de ses collègues, mais beaucoup moins connue aujourd’hui. Son style saisissant s’exprime pleinement dans cette œuvre, l’une des plus célèbres, peinte au sommet de son art et de son ambition. Le jeu d’ombre et de lumière, la façon dont le rouge des fleurs magnifie la pâleur de la femme, les taches d’argent qui parsèment la toile, tout cela prouve sa maîtrise de la couleur et du ton. L’expression de la dame, quant à elle, est une étude de l’ambiguïté, sa bouche séduisante étant contrebalancée par une certaine gravité dans son regard. Rien que pour ce portrait, Morisot mérite d’être réévalué.

 

‘Rebecca’ – Ossip Zadkine (1927)

Œuvre phare du Musée Zadkine, « Rebecca » veille sur la galerie, baignée par la lumière du soleil qui filtre à travers la verrière qui la surplombe. La cruche qu’elle porte sur ses épaules la désigne comme l’une des « porteuses d’eau » du sculpteur russe, un motif récurrent dans son œuvre (voir « Stella » dans la salle voisine). Sa surface en plâtre est marquée par les taches du bois dans lequel elle a été moulée, et son anatomie aux proportions étranges – jambes courtes, torse allongé – laisse entrevoir l’influence du langage librement expressionniste de la sculpture africaine. Rebecca » est un exemple des styles et des thèmes qui préoccupaient cet artiste des plus excentriques, et une parfaite introduction aux œuvres exposées dans ce charmant musée.

 

‘Pauline Viardot’ – Ary Scheffer (1840)

Viardot était l’une des chanteuses les plus renommées de son époque, admirée par Chopin et Liszt et adorée par George Sand. Ce portrait austère d’Ary Scheffer (1795-1858) capture quelque chose de son « irrésistible laideur », comme le disait son ami Saint-Saëns. Scheffer lui-même fut conquis – il déclara plus tard que, bien qu’elle soit « terriblement inesthétique, si je la revoyais, j’en tomberais follement amoureux ». À son apogée, Viardot régnait en maître sur la scène nocturne de Pigalle, mais elle est aujourd’hui largement oubliée ; un siècle après sa mort, son portrait séduit les visiteurs du Musée de la vie romaine, au coin de la rue où elle se trouvait autrefois.

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